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Le blog de Cédric Maisse

Lettre ouverte aux journalistes couvrant les élections municipales de 2014 à Amiens.

15 Décembre 2013 , Rédigé par Cédric Maisse

Il est devenu nécessaire de faire une analyse de cet événement qu'est l'annulation de l'invitation à venir sur le plateau de l'émission Midi libre que m'avait lancée France 3 Picardie.

D'abord il s'agit de rétablir les faits :

  • - j'ai été invité en bonne et due forme il y a un bon mois par France 3 Picardie. Cette invitation a dû être décidée après mon passage à France bleu Picardie. En me donnant la parole, la radio avait répondu à ma tribune publiée dans Amiens-forum où j'exposais qu'il y avait une certaine censure à mon égard dans les médias audio-visuels. C'était la meilleure réponse possible sur le thème : « Voyez, c'est faux puisqu'il parle dans nos micros. »

  • - Le temps passe... Il y a deux semaines environ, une journaliste de France 3 Picardie me téléphone pour me dire que je dois absolument déclarer ma candidature avant l'émission car ce n'est pas le lieu pour cela. Je lui réponds que ma déclaration a été publiée par le Courrier Picard le 2 novembre 2013 ! Elle ne doit pas lire la presse locale. Cela n'est pas très sérieux ! Elle s'excuse donc. Mais ce qui n'est pas très professionnel, c'est que j'avais invité France 3 Picardie à venir à ma déclaration de candidature et elle n'en savait rien ! Les seuls à être venus sont le Courrier Picard et le Téléscope.

Ensuite, il s'agit d'analyser la situation :

  • - Nous savons bien que les journalistes exercent parfois difficilement leur métier. Ils manquent de temps et sont soumis à de constantes pressions. Ces pressions viennent la plupart du temps de leur hiérarchie qui défend des intérêts qui vont souvent à l'encontre de leur volonté de faire des enquêtes objectives pour informer les citoyens.

  • - Depuis au moins 30 ans, la mode est au bipartisme à l'exemple de ce qui se passe dans la vie politique anglo-saxonne. Le monde des médias adore cette surexposition binaire des luttes politiques. C'est facile. Il y a la gauche « raisonnable » (le PS) et la droite, nul n'est besoin de creuser le sujet. C'est un spectacle comme un combat de boxe. La France n'a jamais fonctionné sur ce mode binaire. La gauche a toujours été diverse et variée car il y a toujours eu une forte influence des mouvements révolutionnaires dans notre pays (1789, 1830, 1848, 1871, 1936, 1968). C'est nié notre histoire que de censurer ces courants de pensée, minoritaires aujourd'hui mais qui nourrissent notre démocratie.

  • - Le rédacteur de France 3 Picardie affirme que je ne suis pas représentatif. J'ai l'investiture de J.-L. Mélenchon qui a obtenu 13 % des voix amiénoises aux élections présidentielles de 2012. J'ai le soutien de 2 conseillers généraux (Cl. Chaidron et G. Maisse, PCF) sur les 8 qui sont élus à Amiens ! Je publie de manière régulière un journal « l'Aube nouvelle » sur Amiens depuis 2009. Je suis président d'un groupe politique à la mairie d'Amiens. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...

Nous ne faisons aucune illusion. Tout cela a été analysé par les situationnistes. Les journalistes sont plus au service du spectacle et de ses illusions que de la réflexion et de l'analyse destinées à éclairer les citoyens sur les enjeux de leur choix politique au moment du vote. Nous tentons de jouer à ce jeu organisé par les médias mais cela ne marchera pas car je n'appartiens pas au schéma préconçu du bipartisme. Le réel s'en trouve amputé. Seulement il ne faudra pas qu'ils viennent nous faire la morale au sujet de l'abstention en constante augmentation car ils participent activement à la raréfaction de l'offre électorale. Qu'ils ne viennent pas pousser des cris d'affolement devant la montée du FN qui doit, en grande partie, son succès au manque de culture politique des citoyens, défaut entretenu par la bipolarisation des campagnes électorales pour laquelle ils travaillent de manière quasi militante.

Le meilleur exemple est donné par le Courrier Picard détenu par la Voix du nord (qui appartient au groupe Rossel et le Crédit agricole). Ce quotidien nous a largement donnés la parole tout en édulcorant de manière plus ou moins systématique le fond de nos propos. C'était d'une part parce qu'il ne se passait rien : la droite approuvait tacitement la politique antisociale de Gilles Demailly donc elle n'avait rien à dire... Nous étions donc les seuls à animer les débats au sein de la Mairie. Or il faut bien remplir les pages du quotidien pour pouvoir le vendre. D'autre part, le Courrier Picard nous utilisait pour ennuyer quelque peu Gilles Demailly... Nous ne sommes pas dupes mais cela servait aussi nos intérêts, malgré tout. Aujourd'hui, tout a changé. La droite s'exprime pour tenter de gagner les prochaines élections. Nous sommes sous l'éteignoir. Le meilleur exemple en est la censure de notre communiqué annonçant le décès de Julia Lamps : l'article ne donnait que les réactions de la droite et du PS ! Incroyable. A l'annonce du décès d'une communiste connue à Amiens, on ne donne pas la parole aux communistes de la municipalité mais à leurs adversaires !

On peut alors se demander comment agir. Nous n'arriverons sans doute pas à briser la chape de silence qui se refermera sur nous. À quoi bon continuer à envoyer nos communiqués aux médias locaux ? Le problème c'est qu'ils pourraient alors dire partout : « mais non, ils ne sont pas censurés, on ne reçoit rien d'eux ! ». Il arrive tout de même un moment où on se décourage. À quoi bon s'adresser à des gens qui vont jeter à la corbeille les informations qu'on va leur communiquer juste parce qu'elle émanent de nous ?

Il ne nous reste que le travail militant. Nous faisons du porte-à-porte. C'est en discutant avec les Amiénois que nous mesurons les dégâts causés par l'assèchement de la vie politique dû à l'absence de débat. Ils savent peu de choses de ce que la Maire décide ou non. Le métier de journaliste est un de ceux qui est le moins populaire en France ? N'est-ce pas justement à cause du fait que les journalistes se font les prêtres du système capitaliste ? Ils font leurs sermons quotidiens tout comme le faisaient les prêtres juste avant la messe dominicale. Ils choisissent qui pourra parler ou non. Georges Dumézil a théorisé dans « Mythe et épopée » le partage en trois parties de la société : les guerriers (ceux qui détiennent le pouvoir politique), les prêtres (ceux qui disent ce qu'il faut penser) et ceux qui travaillent qui doivent obéir et se taire. En annulant son invitation, le rédacteur de France 3 Picardie a nié sa mission de médiateur qui le conduit à donner la parole à tous les acteurs politiques de la vie locale pour prendre les habits du prêtre, voire d'inquisiteur, puisqu'il accumule les menaces de poursuite en diffamation à mon égard s'ajoutant, avec une étrange simultanéité, à celles que m'a adressés Thierry Bonté juste avant le débat tenu à l'université jeudi dernier.

En dernier lieu existe le risque du réflexe corporatiste. Sur le plateau, samedi matin, nous avons bien vu que Thierry Bonté était à l'aise parmi ses collègues. Il est certes en disponibilité mais il est tout de même journaliste, on ne va pas risquer de lui causer le moindre tort ou le moindre inconfort. Ainsi il n'y a eu aucune question à propos de la privatisation des bus et des tracés de lignes calamiteux qui isolent par exemple Saint ladre du reste de la ville. Thierry Bonté doit aussi une bonne partie de sa notoriété actuelle au fait qu'il a été présentateur des informations locales pendant des années sur France 3 Picardie. Pourquoi ne pourrions-nous pas le dire sans être menacés de diffamation ? Pourquoi le métier de journaliste ne pourrait-il pas être soumis à la critique ? On dirait que c'est assimilé à un blasphème.

 

Cela pose la question du pouvoir. Le suffrage universel nous permet, en conseil, de débattre Thierry Bonté, Brigitte Fouré et moi mais France 3 Picardie nous l'interdit ! La souveraineté politique est donc retirée au peuple pour être confiée à quelques journalistes... Ce n'est pas démocratique. Nous le dirons de notre petite voix aujourd'hui méprisée mais nous le dirons quand même et qui sait, peut-être prendra-t-elle de l'ampleur ?

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