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Le blog de Cédric Maisse

Point 55 du Conseil d'Amiens-Métropole du 17 avril 2009 – Subvention à l’association Amiens Sporting Club Football. Convention cadre triennale. Avenant n°1 au titre de l’exercice sportif 2008

23 Avril 2009 , Rédigé par Cédric Maisse

 Intervention de Cédric Maisse :

Le traitement de la question du financement du football à Amiens équivaut à s’interroger sur la place centrale que l’on donne à ce sport dans nos sociétés occidentales.

Peu d’hommes politiques, à droite comme à gauche, ont osé parler ouvertement de ces questions. Sans doute parce qu’ils ont peur pour leur carrière et leur avenir électoral. Je pense qu’il faut écarter toutes ces considérations et regarder la réalité en face.

Mais, pour couper court à tout soupçon de malveillance de ma part à l'égard du football, je le considère d'abord comme un jeu, puis comme un sport. Et je le considère à égalité avec les autres sports. Je pense que le football souffre de sa sur-médiatisation tout comme les autres souffrent de rester dans l’ombre.

Donc je vais examiner le dossier d’abord pour ce qu’il est. Cela servira de base à un 2° temps où je le considérerai à une échelle plus globale pour montrer quels sont ses enjeux essentiels :


1) Le centre de formation de l’ASC a 53 élèves. L’ASC demande pour son centre de formation 530 000 euros soit 10 000 euros par élève ! En lycée, cela coûte en moyenne à l'État 10320 euros et en fac 7840. On va mettre autant que l'État pour une formation en plus de celle dispensée normalement par l’Université ou par le lycée de la Hotoie...

2) L'ASC a déjà une école privée, appelée exactement « école technique privée », qui forme pour des BEP ou des bac pro comptabilité et commerce. Comme pour l’ESIEE et sup de co, on va encore financer une école privée avec de l'argent public. Cela devient une habitude...

3) Le centre de formation de l’ASC emploie 29 personnes en tout dont 17 professeurs et cela pour former 53 élèves, cela fait 3 élèves par formateur. Pour donner une comparaison éclairante, le collège public d'Acheux en Amiénois emploie 14 enseignants pour former 223 élèves. On offre vraiment au centre de formation de l’ASC une situation très privilégiée.

C’est sans doute dans le but de le faire progresser dans le classement national des clubs. En juin 2008, il était 26° (avec 1012 points) sur 32 centres sur toute la France. Un bon classement permet évidemment d’avoir une bonne vitrine et d’attirer l’attention des jeunes espoirs... On entre dans une logique élitiste qui me semble entièrement illusoire. Peut-on rivaliser avec des centres de formation comme celui du stade rennais ? Je reviendrai sur cette dernière question plus tard.

4) Depuis 1996, depuis que le centre de formation existe, il n’y a qu’une quinzaine d’élèves qui est parvenue à devenir professionnel en ligue 1 ou ligue 2, ou dans des clubs étrangers. Cela fait une moyenne d’un seul beau succès par an. Je n’ai pas de chiffres plus précis mais, en tout état de cause, la moyenne nationale des élèves de centre de formation de football qui deviennent professionnels est inférieure à 10%. Cela fait beaucoup d'échecs... Que deviennent ceux qui échouent, qui sont, je le rappelle, la majorité ? L’ASC se vante ainsi de former de bons stadiers mais je doute que leurs élèves en entrant dans leur centre de formation veulent devenir des stadiers.

5) Enfin, on entend souvent à Amiens cette plainte émise par différents clubs :"On donne plein d’argent à l’ASC alors que nous, nous n’avons rien..." Le développement du sport, même au plus haut niveau, ne doit pas forcément choisir la voie de l’élitisme. Pourquoi ne pourrait-on pas faire vivre de bien meilleure façon les petits clubs ? Un bon joueur, c’est à mon avis quelqu’un de passionné par son sport, et pas forcément un enfant que l’on forme selon les mêmes critères athlétiques d’un bout à l’autre du territoire. On pourrait, avec les 530 000 euros, faire vivre de nombreux clubs. Cela permettrait à plus de jeunes de faire du sport et, au final de sans doute former plus de champions avec des styles de jeu plus originaux. Le facteur quantitatif a toujours une influence sur le qualitatif. Plus on a de joueurs moyens, plus on aura d’assises pour avoir des champions.

De plus, être dans un club, ne remet pas en cause son avenir professionnel. Pour résumer ce point, je vous citerai le témoignage d’un ancien élève du centre de formation dépendant du FC Sochaux, qui est, paraît-il, une référence. Ce témoignage est paru dans le Monde diplomatique de juin 2006 et donne la parole à ceux que l’on oublie tout le temps, ceux qui n’y arrivent pas même s’ils sont bons. Je le cite : «  Avant, j’étais le football, j’étais le bonheur, j’étais la réussite, j’étais l’avenir. En plein milieu de mon adolescence, je me suis aperçu que je n’étais plus rien. Et il poursuit ensuite : Les gens me voient avant tout comme celui qui n’a pas fait carrière. Je lis dans leurs yeux soit de la pitié, soit de la satisfaction de ne pas m’avoir vu réussir. Je traîne cette enfance dorée comme un boulet. » Le problème est que l’on a tendance à oublier le sport pour mettre en avant la seule réussite sociale. Le football n’est plus un sport par lui-même mais juste un moyen faire fortune, pour le jeune comme pour sa famille. Ce qui occasionne souvent de graves désillusions. Alors que le football est tout simplement un jeu…


Dans mon 2° point, je considère le dossier de manière plus global.
 Et, à ce moment précis, au moment où ma démonstration s'efforçait de démontrer que de subventionner le centre de formation équivalait à renforcer la société du spectacle, le président d'Amiens-Métrople, Gilles Demailly, se permet de m'interrompre :

G. Demailly :

Je pense que votre intervention est tout à fait passionnante

C. Maisse :

Ben oui mais j’aimerais bien finir. Donc le but...

G. Demailly :

Oui, d’accord, s’il vous plaît, 10 secondes. Je vous demande simplement de penser que nous sommes effectivement passionnés par votre texte mais que, il y a d’autres façons de s’exprimer de façon aussi longue en remettant un texte et tout que si on va avoir des... déjà si nous sommes 94 à intervenir sur ce dossier, là nous risquons de durer longtemps donc, je crois que c’est la règle de... de, votre intervention soit plus courte. Je vous demanderai d’être plus bref, Monsieur Maisse surtout qu’on commence à avoir l’habitude de vos interventions sur ce sujet (commentaire : c'est la première fois que je parle du football et même de sport dans une assemblée, cette remarque est incompréhensible). Donc, je pense que vous pouvez faire la même pendant 6 années si vous le souhaitez.

C. Maisse :

Bon, c’est assez anti-démocratique tout cela.

G. Demailly :

Oh non, c’est une remarque pour permettre que les débats soient dans une durée raisonnable pour nous tous. Mais continuez, monsieur Maisse, j’ai beaucoup plaisir à vous écouter.

C. Maisse :

Je remarque que vous laissez beaucoup la parole, par exemple, à Monsieur Mercuzot (précision : il s'agit du Maire de Dury, meneur de la droite au conseil d'Amiens-Métropole), que vous l’écoutez avec plaisir...

A la suite de cet échange inutile, je peux enfin reprendre mon propos. Le but affiché était bien de me faire taire et de me gêner pour que je sois dans l'impossibilité de m'exprimer. Un autre objectif est de rendre inintelligible la démonstration en l'empêchant de se dérouler correctement. Pourtant je me contente simplement d'exercer le mandat pour lequel j'ai été élu...
Reprise de l'intervention :

Le but qui est poursuivi, avec le financement sur 3 ans de ce centre de formation, est clairement celui de faire monter l’ASC en ligue 1. Ce but est-il raisonnable ?

Si l’on regarde les clubs présents en ligue 1. Les ¾ d’entre eux sont issus de villes d’au moins 300 000 habitants qui ont donc les moyens financiers d’avoir à la fois un centre de formation et les meilleurs joueurs. Peut-on rivaliser avec elles ? Il y a bien des villes de la taille d’Amiens , voire même plus petite, comme Auxerre, Lorient ou Le Mans. Mais, souvent, elles peuvent compter sur un sponsor solide, souvent un industriel qui s’engage sur des années. Avons-nous un tel sponsor sur Amiens ? En tout cas, je ne crois pas que l’on puisse compter sur Goodyear… Donc nous n’avons ni la démographie, ni l’économie avec nous. On peut toujours m’objecter le cas de Sedan qui a réussi à aller en ligue 1. Mais cela ne dure que le temps d’une saison. Qu’est-ce qu’ont gagné les Sedanais à cette épisode ? Le taux de chômage à Sedan a-t-il baissé là-bas ? L’économie de la ville s’en est-elle trouvée mieux ? J’en doute.

En fait, on en arrive là à la question de l’utilisation du foot dans notre société du spectacle. On transforme ce sport en spectacle permanent dont on parle dans tous les journaux d’informations. Nous sommes tous censés oublier nos soucis dans le spectacle du match. On en reste toujours à la célèbre formule des Romains : « Du pain et des jeux. » J’irai même plus loin, c’est pour faire oublier le manque de pain que l’on fait des jeux. Le film Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dewaere, en fait une admirable démonstration. Dans ce film, certes un peu daté puisqu'il est sorti en 1979, le spectacle du match de foot permet au patron de l’entreprise qui sponsorise l’équipe locale d’offrir à ses ouvriers un défouloir. Comme cela il ne risque pas de subir une grève et encore moins d’être séquestré…


En conclusion on peut donc dire que de s’engager dans des financements lourds pour faire en sorte que l’ASC aille en ligue 1 ne se justifie pas du point de vue économique et sportif. C’est le rêve de Gilles de Robien que nous nous engageons à poursuivre. Il voulait faire de l’ASC une belle vitrine pour faire oublier la réalité. Nous ne sommes pas obligés de suivre cette voie. Ensuite, je ne voterai pas cette délibération car je suis certain que nous aurions plus d’efficacité en finançant les petits clubs et les autres sports, moins visibles. Avant d’être un spectacle, le sport est une activité physique qui crée du lien social. C’est ce que notre programme disait.


CONTRE : 5
ABSTENTION : 4
ADOPTE

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