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Le blog de Cédric Maisse

Point 35 du conseil d’Amiens-Métropole du 15 décembre 2008 – Amiens. Procter & Gamble. Aide à la recherche et au développement. Convention quadripartite. (Procès-verbal)

2 Avril 2009 , Rédigé par Cédric Maisse

Procter & Gamble est installé à Amiens depuis 1964 et souhaite aujourd’hui pérenniser le site amiénois en mettant en œuvre un programme de recherche et de développement. La réalisation de ce projet permettrait de créer 44 emplois sur 3 ans qui seraient maintenus pendant au moins 5 ans.

Aussi, le Conseil décide de participer à ce projet à hauteur de 275.000 €.

Une convention sera signée à cet effet.


INTERVENTIONS :


M. le Président Encore une bonne nouvelle. Elles sont si rares qu’il faut savoir les apprécier.


M. MAISSE C’est un cas tout à fait intéressant. C’est pourquoi j’ai travaillé dessus plus spécifiquement. Il est en effet différent de celui que nous avons vu précédemment. C’est une étude de cas, comme on dit en géographie, et elle nécessite de raisonner à différentes échelles. Une décision prise au niveau mondial a des conséquences sur la géographie locale. Je rappellerai quelques faits.


Procter & Gamble est une entreprise multinationale qui a un chiffre d’affaires qui approche les 80 milliards de dollars et qui a triplé ses profits depuis l’an 2000, en les portant à 15 milliards de dollars.


Procter & Gamble contrôle 23 marques qui font chacune plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires. Parmi ces marques, on trouve 7 marques de lessives différentes qui se font concurrence entre elles sur le territoire français : Arielle, Axion, Bonux, Dash, Gamma, M. Propre et Vizir.


Une des raisons de la grave crise économique actuelle dont on parle sans cesse en ce moment réside dans le fait que de grands groupes, à l’échelle mondiale, dépensent sans compter pour racheter leurs concurrents. Du coup, leurs différentes marques se chevauchent sur une même activité et rivalisent les unes avec les autres inutilement. Nous avons l’exemple à Amiens de la rivalité entretenue par les maisons mères de Goodyear et Dunlop qui sont dans le même groupe et se font concurrence. Cela occasionne des gâchis financiers énormes. En outre, ces rachats de concurrents, de plus en plus nombreux et de plus en plus onéreux, grèvent les budgets de ces grands groupes. Par conséquent, ils ont tendance à abandonner des activités fondamentales, comme la recherche et l’innovation, car cela coûte cher et les résultats sont aléatoires.


Ils font donc appel à des fonds publics pour remplir une mission qui est strictement la leur. La collectivité n’a pas à prendre en charge, sur des fonds publics, une activité qui peut leur permettre de générer des profits considérables.


La société Procter & Gamble est tellement riche et puissante qu’elle n’a pas besoin des 275 000 euros que nous lui offrons. En faisant cela, nous l’encourageons au contraire à continuer à racheter d’autres entreprises, comme Gilette en 2005, et à faire financer en partie la recherche par les collectivités.


Le PDG de Procter & Gamble, Alan G. Lafley, qui gagne sur une année 67 fois plus qu’un président d’université, fait le constat suivant, publié dans Les Échos du 10 juin 2008 : « Quand vous êtes à la tête d’une entreprise de 80 milliards de dollars et que vous vous êtes fixé comme objectif de croître deux fois plus vite que votre industrie, soit entre 4 et 6% par an, vous devez générer plus de 4 milliards de dollars de plus de chiffre d’affaires par an et, pour cela, il n’y a qu’une solution : il faut rendre beaucoup plus fiable le processus d’innovation ». Par cette déclaration, il tente de masquer la réalité de sa stratégie qui, je le rappelle, est celle du rachat de ses concurrents. Seulement, il fait le constat de la nécessité de la recherche pour cacher aux yeux de l’opinion publique sa stratégie. Néanmoins, il se rend compte aussi du besoin de dynamiser son entreprise par l’innovation. Par exemple il est avéré que Procter & Gamble cherche à produire des lessives plus concentrées.


Mais je pense qu’il faut responsabiliser les grandes entreprises. L’effort de modernisation doit reposer sur leurs propres moyens. A Amiens, Procter & Gamble a affirmé que l’agrandissement des locaux, pour lequel j’ai voté favorablement, était nécessaire pour étendre une activité de recherche dont la société a besoin et qu’elle aurait financé elle-même de toutes manières. Quel sens y a-t-il à donner 275 000 euros sur un projet représentant un investissement total de 27,9 millions d’euros ? Quel sens y a-t-il à aider un groupe colossal qui n’a pas besoin de l’argent d’Amiens Métropole pour se développer ?

Pour lutter contre la crise actuelle, nous devons mettre les dirigeants des grandes entreprises devant leurs responsabilités. L’innovation, qui entraîne la création de nouvelles richesses, est de la responsabilité de leurs industries.


Les 275 000 euros que nous allons leur donner et qui, pour eux, ne sont presque rien, pourraient servir à autre chose : aider les associations, faire baisser les tarifs pour l’accès au sport ou à la culture. Cette somme nous est bien plus nécessaire qu’à Procter & Gamble, d’autant qu’on nous annonce un budget serré.


Pour toutes ces raisons et au contraire de ma position concernant la précédente délibération, cette fois je voterai contre.


M. le Président Je ne souhaite pas répondre à un discours auquel nous pouvons nous attendre à chaque fois.


Je constate simplement que nous avons la chance d’avoir une société qui développe la recherche et l’innovation dans notre région. Je crois que si toutes les sociétés, y compris celles que vous avez évoquées, avaient ce type de politique, nous n’en serions pas à la situation dramatique dans laquelle nous sommes depuis plusieurs mois en ce qui concerne Goodyear et Dunlop sur l’avenir desquelles nous pouvons nous inquiéter.


Je pense qu’au contraire c’est en nous associant à la recherche dans l’enseignement supérieur et en coopérant dans le domaine de la recherche avec les entreprises que nous développerons l’emploi et l’avenir de notre ville et notre métropole. C’est pourquoi je souhaite que vous votiez cette délibération.


ADOPTÉ, OBSERVATIONS : Mme LOEW et MM. MAISSE et HADOUX ont voté contre. Mme LAURETTE s’est abstenue.

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