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Le blog de Cédric Maisse

Intervention au conseil d'Amiens-Métropole du 13 novembre 2008

18 Décembre 2008 , Rédigé par Cédric Maisse

  Point 39 de l'ordre du jour – Ecole Supérieure d’Ingénieurs en Electrotechnique et Electronique Convention triennale. Subvention 2008/2010.


Le Conseil approuve la convention de partenariat à intervenir avec l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs en Electrotechnique et Electronique (ESIEE) pour la période 2008 / 2010.

Pour 2008, une subvention de 850 000 € sera versée à l’ESIEE.

 

INTERVENTIONS :


M. MAISSE Je voudrais rendre compte des débats qui ont eu lieu à la commission de la politique de la ville et de l’enseignement supérieur et, par la même occasion, donner mon avis sur cette délibération.

 

Tout d’abord, nous sommes dans la même configuration que lorsque nous avons été consultés à propos des subventions accordées à Sup de Co. Je le rappelle, la subvention proposée est optionnelle et une subvention optionnelle ne doit pas servir à financer le fonctionnement d’une école. Je ne suis pas opposé à ce que nous fassions des investissements ponctuels pour aider éventuellement cette école à se développer mais je pense que nous pouvons revenir sur la logique d’un financement optionnel qui financerait un fonctionnement. Comme cela a été dit en commission, il n’y a que deux départements en France qui financent ce genre d’école. On peut se demander combien de structures intercommunales comme la nôtre le font. Elles ne doivent pas être nombreuses.


Par ailleurs, nous nous engageons à verser 850 000 € par an sur une période de trois ans. Je pose la même question que pour Sup de Co : pourquoi passer d’une subvention annuelle à un engagement pluriannuel sur trois ans ? Je pense qu’il n’est pas bon d’habituer des écoles ou des institutions à vivre grâce à des financements optionnels. Pour preuve, quand le Conseil Général se désengage progressivement, la réaction de la direction l’ESIEE est d’affirmer qu’on remet en cause l’existence de l’école, alors qu’elle pourrait apprendre à fonctionner autrement, à chercher d’autres types de financement.


Troisièmement, le montant de la seule subvention versée par Amiens Métropole représente le quart de ce que donne l’État pour la formation d’un étudiant sur un an. Je ne peux pas admettre une telle fuite d’argent public vers le secteur privé alors que l’État fait trop souvent en sorte de rendre le service public incapable de remplir ses missions. Je pense donc que, à son échelle, Amiens Métropole pourrait remettre en cause cette logique, comme je l’avais dit au sujet de Sup de Co.


Quatrièmement, l’ESIEE va intégrer l’Université de Picardie Jules Verne. Nous avons demandé au Président de l’ESIEE quelles seraient les conséquences pour son école. Il nous a indiqué que cela ne changerait rien à son statut ni même au montant des frais d’inscription qui sont globalement de 20 000 € pour cinq ans de formation, payés par 350 étudiants. Subventionner une telle école, n’est-ce pas finalement encourager l’élitisme ? Pour moi, le savoir doit être accessible au plus grand nombre et on ne doit pas pouvoir sélectionner les gens au travers des frais d’inscription. Nous avons demandé au Président si, éventuellement, il pouvait baisser ces frais d’inscription puisque nous lui accordons une subvention. Il ne nous a pas répondu.


Après ces quatre remarques, je soutiens encore et toujours la décision du Conseil Général de la Somme qui a fait le choix de doubler les bourses pour les collégiens avec l’argent qui était destiné à Sup de Co et à l’ESIEE. Si je votais pour cette subvention, ce serait comme si je désavouais le Conseil Général de la Somme, ce que je ne veux pas faire.


A l’échelle d’Amiens Métropole, je pense qu’avec cet argent, qui représente le triple du montant des aides facultatives au CCAS d’Amiens, on pourrait créer par exemple un centre intercommunal d’action sociale qui concernerait tout le territoire d’Amiens Métropole et qui pourrait venir en aide à des nouvelles catégories de personnes comme les gens du voyage, les demandeurs d’asile, etc… Cet argent pourrait également aider les associations à vivre alors que l’Union Européenne et l’État amenuisent peu à peu leurs aides.


Pour terminer, je voudrais répondre par avance à l’argument qu’on m’oppose toujours, à savoir que l’ESIEE et Sup de Co seraient deux écoles qui contribuent au rayonnement de la Picardie et attireraient les capitaux et les entreprises. Autour de cet argument, je pense qu’on entretient surtout un effet de vitrine, on tente de cacher les difficultés de notre région, notamment le taux de chômage qui y est supérieur à la moyenne nationale. On veut donc nous montrer des institutions qui fonctionneraient idéalement et permettraient le développement de notre région avec certitude. C’est une mauvaise logique que nous avons déjà vue dans l’histoire. Je me permettrai d’évoquer ici la figure de Grégory POTEMKINE, premier ministre de Catherine II, qui faisait construire de beaux villages en carton pâte pour rassurer les visiteurs naïfs sur l’état réel de son pays qui souffrait de la pauvreté.


En votant contre cette subvention, je vote contre cette logique que Gilles DE ROBIEN avait adoptée pendant des années, je vote aussi pour qu’on en finisse avec ce syndrome du village POTEMKINE et j’attends, avec beaucoup d’Amiénois, que nous ayons enfin un débat sur le financement des écoles privées supérieures.

OBSERVATIONS : Mme Héléna LOEW, MM. Cédric MAISSE et Marc HERNOUT ont voté contre. Mme Marion LEPRESLE, MM. Abderrahim ASSIM et Gérard PONCELET se sont abstenus.

ADOPTÉ

 

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